• 25/10/2022
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Claire Marin : «Nous sommes dans le deni d’la souffrance qu’une rupture provoque»

Suites menageres»

C’est Di?s Que la nuit se dissipe doucement, au creux de l’instant doux et cotonneux. C’est votre bras qui s’etend a toutes les premieres lueurs du jour, une main ayant besoin d’ sous les couvertures. Et qui ne degote que dalle. La philosophe Claire Marin consacre 1 essai aux etres rompus. A ceux dont les petits matins arrivent comme un mauvais reve, nimbe d’une lumiere forcement trop crue, limite acide, qui degouline sur un lit, eclaire 1 berceau, un regard, votre bide, 1 pays. L’ensemble de, vides. Ou alors, peuples d’inconnus. Splendeur matinale d’une vacuite. J’ai rupture recommence sans cesse, litanie des matins, de ceux qui suivent le depart de l’amour, des enfants, des matins suivant ma fond, l’exil, la maladie, l’accident, la perte de travail…

Dans une societe qui valorise le temps determinee, l’adaptabilite, la flexibilite, on va pouvoir plier mais on ne rompt pas. Ou alors, la rupture reste tue, la pure, la rupture existentielle. Celle dont cause la philosophe Claire Marin : votre «cataclysme interieur», un point de non-retour, qui modifie en profondeur la question, le fait vaciller, le reconfigure. Elle pourrait i?tre niee, ou aussi maquillee de consentement mutuel pour devenir rupture conventionnelle, reduite a n’etre plus qu’une bifurcation au sein d’ un parcours, un rebond. Elle devient acceptable socialement, banale, statistique. Pire i  nouveau, elle nous rendrait plus tri?s ! Et c’est la que le livre Rupture(s) (Editions de l’Observatoire) de Claire Marin fait du beaucoup. D’abord, elle ose dire que cela fera mal. Vraiment en gali?re. Elle laisse une place a J’ai violence du manque, a une telle mecanique implacable, qui dit en creux combien ce thi?me se construit dans la relation, dans l’echange, dans l’amour. Et aussi une rupture voulue reste rarement indolore. Puis i§a previent d’emblee, «je resisterai […] a J’ai tentation de l’optimisme», «la rupture n’est des fois qu’un gachis, un tracas de courage, une pure lachete, 1 renoncement». Et tant qu’a Realiser, explique-t-elle, l’histoire begaie, des felures intimes, infantiles se reouvrent, nos echecs se repetent, nos ruptures viennent en cascade. Non, «parfois, nous n’apprenons rien d’un echec». Quant a connaitre De quelle fai§on s’en sortir colombiancupid inscription, la i  nouveau, elle ecrit : «Il n’est jamais assure que votre soit toujours possible. On meurt encore d’amour.» Pourquoi nous menager, apres tout ? Notre philosophe, qui s’est interessee a Notre rupture a Notre suite des chantiers via la maladie et le deuil, reperant les memes effets devastateurs sur la question, decortique l’effondrement, le saccage, la devastation du monde des «etres brises» et «defigures» par la rupture, la «destruction en regle de l’ego», terrasse, voue a une existence fantomatique. Elle s’arrete via la sensation : celle d’un arrachement. La rupture reste ce dechirement d’la chair, votre c?ur qui se sert, une telle gorge qui se noue, une telle etreinte d’une nausee. Elle analyse votre haut-le-c?ur que service la vue du familier qui se teinte d’etrangete, quand l’etre aime s’evanouit, deserte l’intime, avant d’etre veritablement 1 inconnu. Faire son deuil de quelqu’un qui pourtant ne meurt jamais, de quelqu’un qui s’est simplement depris, detourne, ou de l’etre aime qui est la, bien vivant, mais que la maladie d’Alzheimer a comme efface. Mais aussi, revenir dans le pays qu’on a fui, ainsi, s’y sentir etranger, etre voue a n’etre a demeure nulle part. Voila, l’alterite s’immisce, parfois sans fracas, puis grossit, s’installe. A J’ai fin, bien est meconnaissable. Rien n’a change, et pourtant, tout a change. L’existence interrompue reprend, ou feint de reprendre, hantee, truffee des indices de l’absence. Ce petit balcon, ces rochers, ces chansons existent i  chaque fois, limite indemnes, presque intactes, pourtant sa philosophe decrit combien toutes ces trucs autrefois cheries, deviennent lacerations. «Il ne suffira aucun partir d’un lieu Afin de qu’il cesse de nous habiter. Cela ne suffit aucune quitter un homme Afin de oublier sa peau.» Alors pourquoi rompt-on ? Pour fuir une famille oppressante, Afin de se sauver, pour ne plus etouffer, Afin de se sentir vivant, libre de l’ensemble de ses choix… «On tue au tissu d’une vie commune ou les identites des uns et des autres se seront si etroitement melees que plus personne ne sait vraiment ou il commence et ou l’autre s’arrete. Mais celui qui veut rompre croit le savoir.» Autrement dit, on rompt pour etre vraiment soi-meme, coincider avec ce que l’on reste, ou pense etre. Dans l’hypothese ou votre «soi» y a, constant, immuable. Pari risque. A l’inverse, on va pouvoir rompre pour i?tre nouvelle, pour delaisser sa propre identite devenue decevante ; on rompt pour se fuir soi-meme.

Est-on aujourd’hui dans une societe d’une rupture ?

Mes ruptures seront maintenant dans l’ensemble des plans : avant, si on perdait son projet, on pouvait se raccrocher a sa famille. C’est tel si tout est devenu instable, incertain, precaire, sans refuge. Professionnellement, amoureusement, meme politiquement… Tout s’est accelere, les relations sont plus ephemeres, les ruptures plus rapides, voire, parfois, elles n’existent pas : le webmaster disparait juste.

Vous parlez du phenomene «ghosting», «un nouveau nom Afin de une vieille lachete», ecrivez-vous…

Prendre moyen une separation n’est parfois aussi plus une realite. Et l’ensemble de ces termes autour des separations par consentement paraissent dans la negation une realite. Une grande majorite de separations paraissent au minimum d’une grosse violence psychique, au moins pour un des deux membres de l’ancien couple. Puis on sent une sorte de froideur dans la societe. C’est devenu tellement generalise, banal, qu’on reste au deni de la souffrance qu’une rupture provoque. Ainsi, en divorces, la souffrance des bambins reste une question vite evacuee desormais, on devoile qu’ils s’adaptent… Et on se concentre via des questions confortables.